Pourquoi célébrer le 350 ième anniversaire de Chicoutimi

PAR VILLE SAGUENAY
C’est le 24 juin 1676, à l’embouchure de la rivière Chicoutimi sur la rivière Saguenay, que débute l’occupation euroquébecoise du territoire de Chicoutimi. Motivé en partie par un besoin économique à une époque où la traite des fourrures était un moteur des relations avec les Premières Nations, un poste de traite est fondé en ce lieu déjà occupé depuis près de 5 000 ans, tel qu’en témoigne aujourd’hui les indices archéologiques découverts sur le site. Le terme de poste de traite souligne toutefois uniquement cet aspect économique et camoufle en partie la réalité humaine de cet événement, à savoir l’occupation permanente du lieu menant à l’établissement de demeures, dépenses, jardins et autres installations afin que les lieux servent non seulement leurs vocations commerciales, mais également pour assurer le lien permanent entre les occupants, ces premières « Chicoutimois », et les membres des Premières Nations qui s’établirent près de ce premier noyau commercial.

La situation géographique du site est un élément essentiel ayant mené au rayonnement et au développement du poste de traite. Situé à la fin des voies navigables du Saguenay et au début de la route de portages qu’est la Rivière Chicoutimi, le site du poste de traite est un arrêt presqu’obligatoire lorsque qu’il faut effectuer des déplacements vers les différentes routes des fourrures situés à l’intérieur des terres.
Avec le déclin du commerce des fourrures à Tadoussac, les Français décident de remonter le Saguenay pour se rapprocher des Premières Nations et faciliter le commerce.
Le Sieur Charles Bazire, marchand de Québec ayant fait fortune dans le commerce des fourrures, établit un poste de traite et une mission à Chicoutimi à la demande de Jean Oudiette, qui a acquis les postes du roi en 1674. Le poste veut assurer un approvisionnement continu en fourrures aux marchands de Québec, car les Premières Nations ne se rendent plus au poste de Tadoussac.
C’est dans cet intention que Charles Bazire chargera ainsi son beau-frère, Pierre Bécart de Grandville, de la construction du poste de Chicoutimi. L’établissement du poste de traite comporte divers bâtiments qui vont au-delà d’un simple comptoir d’échange. On voit ainsi être construits une chapelle avec un appartement pour le père jésuite lorsqu’il est de passage, une petite sacristie, un cimetière et une finalement un bâtiment servant de maison et de magasin pour le commis. En plus de ces installations physiques, on amène sur les lieux du bétail et des semences pour la culture des pois et du maïs.
Subséquemment à ce poste de traite et à sa vocation initiale d’échange commercial, une mission est par la suite établie sur les lieux en 1676. Cette nouvelle vocation mènera à la construction ou au remplacement de près d’une vingtaine de bâtiments. Avec les années, on voit ainsi être construits sur le site de nombreux bâtiments dont un presbytère, des chapelles, des maisons pour le commis, un four à pain, un arsenal et une étable. Les bâtiments concentrés sur le site témoignent ainsi, de manière non-équivoque, du fort désir d’occuper les lieux de Chicoutimi de manière permanente et pérenne sur plusieurs générations.
De 1676 jusqu’en 1748, le poste de traite de Chicoutimi connait des périodes de prospérités mais également de stress. Des changements de gestionnaire et à certains moments le manque de ressource première amène à penser que le poste pourrait fermer ses portes.
Cependant, en 1748, le poste de Chicoutimi est considéré comme le plus important du Domaine du Roy en raison de la quantité de pelleteries qu’il produit, dont la valeur marchande est évaluée à 40 000 livres par année. Sur le plan logistique, plusieurs postes de l’intérieur des terres (Lac Saint-Jean, Nicabau et Grands et Petits Mistassins) dépendent de Chicoutimi pour leurs vivres et matériaux, à tel point que le Père Claude-Godefroy Coquart proposera la construction d’un moulin à scie à proximité du poste.
De 1758 à 1800, plusieurs commis viennent demeurer à Chicoutimi pour gérer le poste de traite de Chicoutimi. Certains ne sont de passage que quelques mois mais la plupart ont pu rester quelques années en poste, certains avec leur famille.
La demande pour les fourrures étant fortement diminuée à l’aube du XIXe siècle, le poste de Chicoutimi commence à perdre de l’importance dès 1808. Il demeure toutefois le principal lieu de débarquement et de transit pour les marchandises destinées aux postes de l’intérieur. En 1824, on ne recense plus que neuf familles des Premières Nations qui sont établis de manière permanente sur le site du poste de traite de Chicoutimi, ce qui est peu par rapport aux années antérieurs ou le site était plus occupé.
Toutefois, en parallèle à cette nouvelle réalité économique qui mène à la baisse graduelle de l’importance du poste de traite en tant que moteur de l’occupation, c’est en 1842 que le territoire est officiellement ouvert à la colonisation.
Le site du poste de traite de Chicoutimi a ainsi été occupé par de nombreuses familles de manière continue, avec des hausses et baisses démographiques suivant les réalités socioéconomiques. Juste avant l’ouverture officielle du territoire à la colonisation, selon les archives de l’Évêché de Chicoutimi, il y avait en 1841 à Chicoutimi 24 familles, constituées de 61 adultes et 46 enfants, ainsi que 3 familles d’engagés canadiens.
C’est dans ce contexte qu’à partir du milieu du XIXe siècle, l’utilisation du territoire, qui jusqu’alors avait été réservée exclusivement aux pelleteries, va se transformer à des fins d’exploitation agricole, forestière, minière et hydro-électrique. Dès le milieu du 19e siècle, tous les terrains bordant la rivière Saguenay, entre Chicoutimi et le Lac Saint-Jean sont concédés et l’exploitation forestière devient un fort moteur de colonisation, voyant la création de nombreux villages sur l’ensemble du territoire.
À Chicoutimi, c’est en 1843-44 que William Price et Peter McLeod ouvrent un moulin à scie à l'embouchure de la rivière qu'on appellera rivière du Moulin, et bientôt un second à l'embouchure de la rivière Chicoutimi. La création de ces moulins mène à une expansion de l’occupation de Chicoutimi, avec un petit village qui est construit quelques années plus tard â l’embouchure de la rivière du Moulin. À l’embouchure de la rivière Chicoutimi, plusieurs installations sont construites : la scierie, un quai, un magasin à trois étages, une douzaine de propriétaires résidents, les fondations d’un moulin à farine, des terrains en culture, une écluse et de grandes dalles conduisant l’eau au mécanisme d’engrenage de la scierie. Dès 1851, l’entreprise emploie 120 travailleurs demeurant pour la plupart près des installations de Price et McLeod.
C’est ainsi à l’embouchure de la rivière Chicoutimi, tout près du poste de Traite de Chicoutimi, que se créera un important noyau villageois dans ce qui est aujourd’hui le quartier du Bassin. En 1851, le canton Saguenay accueille ainsi déjà 1200 personnes, près de dix ans seulement après l’ouverture à la colonisation officielle.
À travers tout ce changement de vocation des lieux, le poste de traite de Chicoutimi réussi néanmoins à rester en activité jusqu’à sa fermeture en 1876, à quelques mètres des activités de Price. En effet, le développement socioéconomique de Chicoutimi transforme le site du Poste de traite en réelle territoire villageois où la vocation d’échange du poste avec les Premières Nations n’est plus propice. L’industrie du bois et de sa transformation prend donc le relais à la traite de fourrure comme moteur de développement de Chicoutimi.
De la compagnie Price Brother and Company à la Compagnie de Pulpe de Chicoutimi, la vocation industrielle des lieux mène à une augmentation appréciable de la population. Plusieurs maisons d’ouvriers sont construites à proximité des usines et le village se développe graduellement entre les rivières Chicoutimi et la rivière du Moulin. Ce développement voit évidemment l’apparition de nombreux bâtiments de service pour supporter cette croissance démographique : le Séminaire de Chicoutimi (1875), la première cathédrale de Chicoutimi (1878), l’hôpital de la marine (1882/1883), l’église Sacré-Cœur (1903) et l’école Saint-François-Xavier (1924) ne sont que quelques bâtiments qui témoignent de ce fort développement.
La fermeture des usines en 1930 a évidemment un impact sur le développement du village et on voit un certain abandon du quartier du Bassin. Toutefois, du petit village qui s’était développé autour du poste de Traite de Chicoutimi puis des moulins à scie, une réelle ville s’est graduellement implantée pour résister aux périodes de turbulence et devenir ce qui est aujourd’hui Saguenay.
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Fiche du site patrimonial du Poste-de-Traite-de-Chicoutimi dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec :
https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=92593&type=bien
Fiche du site patrimonial du Bassin dans le Répertoire du patrimoine culturel du Québec : https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=93432&type=bien
Atlas électronique du Saguenay-Lac-Saint-Jean :
http://atlas.uqac.ca/saguenay-lac-saint-jean/?P=Acces%20aux%20cartes&S=3_1_3_1&bas=texte&L=fr









